Pour quelqu’un qui est née en Corée a vécu en Chine et à Taïwan tout en passant la majorité de son temps à grandir en Corée qui a appris sa quatrième langue en France qui a été en compétition avec des Français·es qui est rentrée dans un endroit où il y a des étudiant·es et professeur·es majoritairement Français·es qui rédige un mémoire destiné à être lu par elles·eux, c’est à la fois évident et paradoxal. J’écris ce texte en coréen. Ma langue maternelle. Mère et langue. J’ai toujours désiré avoir des mères et des langues. Réductions pour les couples, hétéros, une maman et un papa qui commandent un menu pour les couples. Et puis un menu famille pour quatre personnes. Je suis venue en France parce que je ne voulais pas trop m’habituer à ces choses-là. C’est ainsi que je me suis habituée a être une naïve, une fille asiatique, à travers laquelle on ne voit que du kimchi et BTS. Et il ne me reste plus que des textes pas naturels et incomplets, comme une étrangère qui déplore qu’elle soit « étrangère ». Avec les mots de Ibanjiha, une triste queer qui ne fait plus que parler de résistance. Pour lire les textes d’Ibanjiha, il faut penser comme un·e étranger·ère. Relire les mêmes phrases encore et encore. en faisant rouler la prononciation. Faire rouler les prononciations jusqu’à ce que la langue devienne maladroite et balbutie, chercher les choses pleines de () (ø) dans des applications de dictionnaires, en gémir de douleur.
Changer les mots pour d’autres mots est une chose difficile. Lorsque les mots sont prononcés et émergent, leur forme est floue. Car quand les mots sortent, ce de quoi ils sont composés ou la culture de laquelle ils proviennent ne ressortent pas. C’est facile de l’écrire en coréen comme ça, mais pour le traduire en français, il faut expliquer, comprendre et connaître beaucoup de choses, bien plus que ce que l’on pense. Cela fait 6 ans que je vis en tant qu’étrangère, et il n’est pas facile d’écrire uniquement dans ma langue maternelle. Comme si, en tant qu’étrangère en France, je volais les impôts des Français, le français a commencé à prendre la place de mes autres langues en moi. Il serait difficile pour quelqu’un qui n’est pas étranger de comprendre ce processus étrange où l’on utilise temporairement le verbe ‘décrire’ dans une phrase, pour pouvoir ensuite le traduit calmement en coréen et finalement utiliser le verbe ‘묘사하다’..
Dans ce texte, la traduction a principalement été faite en passant par le dialogue. C’est ça le but originel du langage. Pour la compréhension et la communication. Cela signifie que dans cette quantité de texte, pour permettre la communication fluide de certaines phrases, des phrases qui sont plusieurs fois plus longues ont circulé d’un endroit à un autre. Transformer les mots en mots fonctionne souvent de cette manière. La compréhension du contexte et du background est la priorité, même plus que la langue elle-même. J’espère que, plutôt que de trop s’attacher à la typographie, les lecteur·rices de ce texte sauront lire à travers ce que ces caractères cherchent à transmettre.
L’interview ci-dessous a eu une grande influence sur le choix de traduire tel ou tel mot en coréen ou en anglais dans ce texte, et de ne pas le faire pour d’autres. Pour aller plus en profondeur dans les choses qu’on a comprises grâce au contexte, il faut chercher soi-même ce contexte. Parfois, il y a des textes qu’on ne peut lire que lorsqu’on en connait la langue, n’est-ce pas ? Le coréen est une langue particulièrement appropriée pour décrire des mouvements ou des sons. Il est facile d’y imiter les sons avec des mots. Cependant, lorsque l’on essaie d’écrire les mêmes idées en français, la sensation de la phrase est légèrement déformée. Malheureusement, les mots qui ont des nuances très subtiles en français ne sont pas les mêmes que ceux avec des nuances très subtiles en coréen. Mais c’est précisément cet aspect qui m’intéresse. Car c’est à cause des différences que naissent la connexion, la communication, la compréhension et l’empathie. Tisser des liens entre des choses différentes. Changer un mot pour un autre mot avec le même sens. Le bilinguisme n’est pas, comme on le pense souvent, l’existence parallèle de deux langues, mais plutôt un entrelacement et une coexistence. Chacune prend la place de l’autre. Chacune cède sa place à l’autre.
Lectrice : I liked how you chose to use certain Korean words throughout the book without actually defining them, but I felt that I knew what they were when I was reading them, and I thought that was an incredible literary tool that you use.
I wanted to know why you chose those words and how you chose them.
Min Jin Lee : I chose the words which I believe that we global citizens should know about Korean. In the same way, when I went to law school, I learned Latin phrases like res ipsa loquitur. Or when I read 19th century novels, there are French phrases that I need to learn if I wanted to know that. In the Russian court, the diplomatic language is French.
So in order to be an educated person of a certain view, we had to know certain phrases in European languages. I am positing in almost an obnoxious way, with great audacity, that you should know some Korean.
– extrait d’une session de questions-réponses entre l’écrivaine Lee Min-jin et ses lecteurs.
한국에서 태어나서 중국과 대만을 거쳐 여전히 한국에서 대부분의 시간을 보내며 자라고 프랑스에서 제 4언어를 배우고 프랑스인들과 경쟁해 프랑스인이 학생이든 교수든 주로 있는 곳에 들어와 그들에게 읽힐 논문을 쓰는 사람치곤, 당연하면서도 의문스럽게. 이 글을 한국어로 쓰고 있다. 모국어. 엄마와 언어. 나는 항상 엄마들과 언어들을 가지고 싶었다. 커플 할인과 헤테로, 커플세트를 주문하는 엄마아빠. 그리고 4인 가족세트. 이런 것들에 너무 익숙해지고 싶지 않아서 프랑스에 왔다. 그 결과로 어리숙한 것, 동양인 여자애, 김치와 방탄소년단에 익숙해졌고, 외국인스러운 것을 통탄하는 외국인같이 어설프고 어색한 글만이 나에게 남았다. 이반지하의 말마따나 저항하는 말만 하게되는 슬픈 퀴어 외국인. 이방인의 글을 읽기 위해서는 이국적으로 생각해야한다. 같은 문장을 빙빙 읽어보기. 혀가 어색해하고 더듬을때까지 발음을 굴리기, ()(공백)으로 가득찬 것들을 사전어플에서 찾아보기, 그것을 끙끙 앓기.
언어와 이민자. 언어의 이민. 외국인의 외국어. 이동하는 언어와 이동하는 사람들. 언어는 환경의 변화에 대응하는 적응이다. 이민은 환경의 변화에 대응하는 적응이다.
말을 말로 바꾸는 것은 어렵다. 말은 뱉어내고 떠오를 때 그 형체가 불명확하다. 정확히 어떤 것으로 구성 되어있는지, 어떤 문화에서 유래되었는지 등이 말이 나오는 순간에 동시에 나오지 않는다는 말이다. 이렇게 한글로 쓰는 것은 쉬운데, 프랑스어로 번역하려면 생각보다 엄청나게 많은 것들은 설명해야하고, 이해해야하고 알아야한다. 외국인으로 살아간지 6년, 모국어로만 글을 쓰는 것조차도 쉽지 않다. 프랑스에서 외국인인 내가 프랑스인들의 세금을 빼앗는다고 여겨지는 것처럼 내 안에선 프랑스어가 내 언어들의 자리를 빼앗기 시작했다는 말이다. 한글 문장에 décrire 한다는 verbe를 임시로 끼워넣고 그것을 다시 한국어로 차분히 번역해서 묘사하다라는 동사를 적을 수 있게 되는 이 괴상한 절차를, 이방인이 아니라면 좀처럼 이해할 수 없을 것이다.
이 글 안에서의 번역은 거의 대부분 대화로 이루어졌다. 언어의 탄생 목적이 그렇듯이, 이해와 소통을 위하여. 이 글 분량에 곱절은 더 되는 문장들이 어떤 문장들의 원활한 교류를 위해 이곳에서 저곳으로 다녀갔다는 말이다. 말을 말로 바꾸는 것은 대게 그렇다. 언어 그자체보다도 배경이나 맥락 이해가 우선이다. 그러니 이 글의 독자들도 활자 그 자체에 너무 얽매여 있기보다 그 활자가 전하고자하는 맥락을 읽어주길 바란다.
글 안에서 어떤 한국어, 어떤 영어를 번역할지 그리고 하지 않을지에는 아래의 인터뷰가 많은 영향을 미쳤다. 맥락으로 이해되는 것, 더 깊이 들어가기 위해서 스스로 그 배경을 찾아보는 것. 가끔은 언어를 아는 것만으로는 읽을 수 없는 글들이 있지 않은가? 한국어는 동작이나 소리를 묘사하는 것에 매우 적합한 언어다. 소리를 글자로 흉내내기 쉽다. 그러나 같은 내용을 프랑스어로 적으려면 다소 문장의 느낌이 어그러진다. 프랑스어의 아주 미묘한 차이들이 있는 단어들과 한국어의 아주 미묘한 차이가 있는 단어들은 안타깝게도 같지 않다. 그러나 내겐 바로 그런 점이 흥미롭다. 연결과 소통과 이해와 공감은 다름에서 시작되기 때문이다. 서로 다른 것을 엮어 내는 것. 같은 의미를 가진 말을 다른 말로 바꾸는 것. 이중언어란 흔히 생각하듯 두 언어가 평행으로 각자 존재하는 것이 아니라 서로 섞여 공존한다. 서로가 서로의 자리를 차지하면서. 서로가 서로의 자리를 내어주면서.
독자 : I liked how you chose to use certain Korean words throughout the book without actually defining them, but I felt that I knew what they were when I was reading them, and I thought that was an incredible literary tool that you use.
I wanted to know why you chose those words and how you chose them.
이민진 : I chose the words which I believe that we global citizens should know about Korean. In the same way, when I went to law school, I learned Latin phrases like res ipsa loquitur. Or when I read 19th century novels, there are French phrases that I need to learn if I wanted to know that. In the Russian court, the diplomatic language is French.
So in order to be an educated person of a certain view, we had to know certain phrases in European languages. I am positing in almost an obnoxious way, with great audacity, that you should know some Korean.
-이민진 작가 독자와의 질의응답 중 발췌

